28 septembre 1991

François Mitterrand inaugure la Place des droits de l’homme à Evry

Vente et exposition de la Bibliothèque de François Mitterrand


Manifestation | Annonce publiée le 22 octobre 2018

Plus de 1000 livres modernes et lettres manuscrites ayant composé la bibliothèque de François Mitterrand seront mis en vente les 29 et 30 octobre 2018. Tous ces ouvrages - dont la liste est consultable dans le catalogue de la vente - seront exposés à partir du 26 octobre chez Piasa qui organise cette vente.


Catalogue PIASA
Bibliothèque de François Mitterrand

Exposition publique
Vendredi 26 octobre 2018 de 10 à 19 heures
Samedi 27 octobre 2018 de 10 à 19 heures
Dimanche 28 octobre 2018 de 14 à 18 heures
Lundi 29 octobre 2018 de 10 à 12 heures

Ventes :
Lundi 29 octobre 2018 à 15h : du lot 1 au lot 334
Mardi 30 octobre 2018 à 15h : du lot 335 au lot 683

Lire les articles de Presse (Le Monde, El Pais, Le Figaro, Paris-Match, ...)

PIASA
118 rue Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris



Introduction à la vente de la Bibliothèque de François Mitterrand
par Jean-Baptiste de Proyart,
Libraire et expert

La vente aux enchères de la bibliothèque d’un Président de la République est un événement inédit et spectaculaire. Il s’agit d’un ensemble de plus de 1000 ouvrages de littérature du XXe siècle, la plupart en édition originale et pour certains reliés par Danielle Mitterrand ou par les meilleurs praticiens de la seconde moitié du XXe siècle. Au centre de cette vente, un ensemble de manuscrits jette un jour nouveau sur la personnalité de l’homme d’État.

François Mitterrand a été bibliophile. Il aimait les exemplaires sur grands papiers et les reliures. Il était connu pour arpenter les librairies et dévorer les catalogues de libraires. Il s’échappait ainsi des dures réalités politiques par ses fameuses promenades littéraires dans le Quartier Latin. C’était l’une de ses parts les plus secrètes, la source spirituelle de son action.

Il partage cette passion du livre rare avec Georges Pompidou, Dominique de Villepin, et, plus loin de nous, Louis Barthou. Sous l’Ancien Régime, certains ministres célèbres ont collectionné les livres comme Jean-Baptiste Colbert, les cardinaux Richelieu et Mazarin. Enfin, si la Ve République est bien une « monarchie républicaine » (Maurice Duverger), on peut alors inscrire François Mitterrand et Georges Pompidou dans cette lignée des souverains bibliophiles qui traverse la France des Valois à Louis XVI. À l’étranger, on peut aussi penser aux rois Georges III d’Angleterre (1738-1820) ou Manuel II de Portugal (1889-1932), tous deux éminents collectionneurs.

Le principe d’organisation de la bibliothèque de François Mitterrand se rapproche de celle des presidential libraries américaines. Nombre de présidents américains furent aussi collectionneurs à commencer par Thomas Jefferson (6.500 livres), George Washington (1.000 livres), Franklin D. Roosevelt (15.000 livres), ou encore Adams, Madison, Lincoln et Truman. Ces bibliothèques partagent avec celle de François Mitterrand un même critère de répartition : d’un côté les livres d’usage ou de documentation, et de l’autre les livres précieux, d’un côté la working library, de l’autre la leisure library.

Chez François Mitterrand, les livres d’usage étaient rangés avec ordre et précision. Un catalogue de fiches fut par exemple dressé par Danielle Mitterrand. Il peut à tout moment lire un ouvrage sur les papes d’Avignon, les tyrans de Florence, l’histoire de l’Allemagne ou, tout aussi fréquemment, une œuvre de littérature. En 1990, François Mitterrand offrit à la Médiathèque Jean-Jaurès de Nevers près de 20.000 livres dont la moitié lui étaient dédicacés. Parmi ceux-ci, il ajouta certains exemplaires de sa collection personnelle et, plus particulièrement des reliures (www.mitterrand. org/nevers-mediatheque-jean-jaures.html).

Les ouvrages de bibliophilie, eux, la leisure library, sont à Paris mais pas à l’Élysée. Danielle Mitterrand a pour eux aussi dressé un catalogue manuscrit sous forme de répertoire pour lequel elle a utilisé les mentions figurant sur les fameux « petits papiers ». Car François Mitterrand est un homme d’ordre.

La majorité des exemplaires comporte une marque de possession pleine de charme. François Mitterrand avait pour habitude de découper une bande de papier verticale et d’y noter, à l’encre bleue, grâce à son célèbre stylo Waterman, le nom de l’auteur, souvent le titre du livre, la mention « ed. or. » pour édition originale, le prix d’achat entouré d’un simple encadrement, le nom du libraire chez lequel il avait trouvé le livre, la date exacte de l’acquisition, le nom du relieur et le prix de la reliure quand il l’avait commandée. Sur certains de ces « petits papiers » apparaissent au verso les en-têtes imprimés des palais nationaux : « Chambre des députés », « Sénat », « Palais de l’Élysée », ou encore « Présidence de la République ». Ces mentions ont été reportées dans le catalogue de la vente permettant ainsi de suivre pas à pas l’étonnant parcours bibliophilique de François Mitterrand. Un petit cachet à l’encre, au chiffre « F.M. », a été ajouté aux exemplaires pour mieux lier ces « petits papiers » aux ouvrages dans lesquels ils se trouvent.

Cette marque de provenance si personnelle forme un hommage discret à la librairie française et au marché du livre rare. Les noms des principaux libraires de France y figurent : en premiers lieux la librairie Gallimard du boulevard Raspail alors dirigée par Paul Derieux et la librairie Bernard Loliée.

Le centre de cette collection est constitué par un groupe de manuscrits remarquables placés par François Mitterrand entre les pages de deux grandes reliures exécutées par Danielle Mitterrand, sortes de scrapbook personnels et secrets. Dans l’un figurent les documents historiques ou les autographes que François Mitterrand avait choisis, se créant ainsi une « galerie des illustres » ; dans l’autre, il plaça les manuscrits autographes de ses propres articles, textes, ou notes personnelles rédigés lorsqu’il n’était pas aux affaires, c’est-à-dire ni ministre ni président, soit principalement dans les années 70. La qualité de son écriture y apparaît au grand jour, lui qui se rêvait écrivain.

A notre époque, celle de la domination de l’image et des réseaux sociaux, les liens que Georges Pompidou, créateur d’une Anthologie de la poésie française, ou que François Mitterrand, avaient pu tisser entre la littérature et la politique prennent le relief particulier d’un autre monde. Il n’y avait pas pour eux de politique sans littérature, et pas de littérature sans livres. François Mitterrand s’entoure d’écrivains, constituant une sorte de cour, les interrogeant sans cesse. La gloire de l’homme qu’ils célèbrent contribue à la légitimité de son engagement.

Au-delà de la bibliophilie des grands exemplaires souvent convenue et obligée, la force de cette vente réside dans la présentation d’un nombre considérable d’envois d’écrivains à un Président de la République. Ici se croisent Milan Kundera, Gabriel García Márquez, Léopold Sédar Senghor, Ernst Jünger, Louis Aragon, Michel Tour- nier, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Albert Camus, Jacques Chardonne et tant d’autres. C’est bien là un cas unique dans la longue histoire du livre rare, qui sans doute ne se reproduira plus avant longtemps.

Cette vente se présente dans l’ordre alphabétique, la quantité de livres imposait ce choix. Place aux enchères maintenant !

Jean-Baptiste de Proyart
Libraire et expert


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