9 mai 1991

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Décès de Pierre Péan


Par Hubert Védrine | Communiqué | Annonce publiée le 28 juillet 2019

Pierre Péan est décédé jeudi 25 juillet 2019 au soir a l’âge de 81 ans.


Il y a un énorme malentendu sur Péan et Mitterrand. Certains mitterrandistes lui en ont voulu de son ouvrage "Une jeunesse française", 1994, qui avait déclenché la tempête de mauvais foi que l’on sait.. Il est honnête de rappeler ce que disait Pierre Péan à ce sujet. D’abord il soulignait que le Président Mitterrand lui avait fait bon accueil, ne craignait pas du tout une enquête exhaustive sur sa jeunesse et ses débuts et lui avait même facilité des contacts. Ensuite, Pierre Péan rappelait que le choix de la photo de couverture était le fait de l’éditeur et que d’ailleurs cette photo - que de Gaulle connaissait et a refusé d’instrumentalisés lors de l’élection présidentielle de 1965 - représentait le Maréchal Pétain recevant deux anciens prisonniers de guerre qui avaient organisé une collecte de vêtements chauds pour les prisonniers dans les camps : François Mitterrand et Maurice Barrois. Tous deux ont créé le Centre d’EntrAide de l’Allier (couverture officielle de l’action clandestine de leur groupe de résistance). Maurice Barrois est le président du CEA et c’est à ce titre qu’ils sont tous deux reçus. Maurice Barois, mourra en déportation en juillet 44 victime des Nazis et du « train de la mort ». François Mitterrand deviendra l’un des chefs d’une des branches de la résistance des anciens prisonniers.

Il est juste de dire que Péan n’a jamais alimenté l’utilisation hostile de cette photo faussement choquante.

De même, il n’a jamais personnellement présenté de façon scandaleuse la question de la Francisque. Il savait très bien, et me l’a dit, que c’était Maurice Pinot, le Commissaire aux prisonniers, travaillant avec la Croix Rouge, anti Laval, qui avait pris cette initiative. Il avait obtenu du Docteur Menetrel, le médecin de Pétain, anti combattant, anti allemand, de faire attribuer la Francisque aux cadres du Commissariat, dont François Mitterrand, pour les protéger au moment où il commençait à jeter les bases d’un réseau clandestin qui deviendra un des rameaux de la résistance des prisonniers. C’était tout à fait connu à la Libération quand déjà le PCF avait échoué à utiliser la Francisque contre le jeune Mitterrand. D’ailleurs, Jean Lacouture avait déclaré, à la sortie du livre de Péan : "publié en 1950 ces "révélations" n’auraient ému personne". Mais voilà, entre les années 50 et les années 90, la connaissance de la réalité et de la complexité avaient laissé la place à l’ignorance accusatrice.

Pierre Péan avait d’ailleurs été tellement ulcéré de l’usage fait par le Monde et par Edwy Plenel en particulier de son ouvrage qu’il en a écrit en 2002 un second "Dernières volontés, derniers combats, dernières souffrances", où il réfute les attaques contre François Mitterrand. Mais ce second livre n’a pas connu le succès du premier ! Cela avait également poussé Pierre Péan à écrire en 2003 avec Philippe Cohen, contre la ligne et le système du Monde de cette époque, un brulot : "La Face cachée du Monde" qui atteignit en partie son objectif puisque la direction du Monde changea entièrement. Pierre Péan était un investigateur fougueux et convaincu qui ne s’embarrassait pas de précaution et ne mesurait peut être pas les effets de ses livres mais il ne faut pas se tromper quant à sa position sur François Mitterrand.

Il faut rappeler aussi que Pierre Péan a été en pointe sur le Rwanda. Il avait dénoncé dans "Noires fureurs, blancs menteurs" en 2005, la responsabilité du F.P.R. de Paul Kagamé dans le déclenchement de la guerre en 1990, qui a conduit au génocide de 1994. Et sa responsabilité dans les immenses massacres commis ensuite au Congo. Pierre Péan n’a jamais nié le génocide des Tutsis mais comme il n’était pas en phase avec la majorité des médias français qui, depuis des années, ne relaient que le réquisitoire anti-français et presque jamais les études ou enquêtes qui le contredisent et qu’il ne dénonçait pas la France, il a été de plus en plus marginalisé. Ceux qui veulent imposer la thèse d’une complicité française et voulaient neutraliser Péan l’ont souvent attaqué en diffamation, mais ont toujours échoué.

Hubert Védrine


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